En anglais, to drive = conduire, le driver est donc le mode par défaut qui conduit vos réactions et vos comportements.

Les « drivers » sont un outil de l’Analyse Transactionnelle[1]. Également appelés « mots d’ordre » ou messages contraignants, ils nous sont transmis par nos aînés, afin de nous apprendre à être un « enfant adapté ». Les drivers sont comme des messages enregistrés dans notre esprit, qui vont nous dicter quel comportement adopté face aux autres, et face aux situations stressantes que nous rencontrons.      

    On peut les comparer à une petite voix intérieure qui aurait été « gravée » en nous, en tant que normes ou comportements. En obéissant aux mots d’ordre, nous nous adaptons donc aux directives de nos aînés. Les drivers sont au nombre de cinq :

« sois parfait » : il faut faire les choses parfaitement. La personne vit dans l’anxiété de ne rien oublier, cherche à contrôler tout ce qui se passe, est tendue, recommence plusieurs fois les choses, passe en revue les détails, … Elle est extrêmement exigeante envers elle-même et envers les autres également.

« sois fort » ou « ne montre rien » : la personne pense qu’il est important de faire croire qu’on est fort, et qu’il est préférable d’être méfiant à l’égard des autres. C’est une personne très réservée, qui ne montre rien de ce qu’elle ressent ou de ce qu’elle pense, elle montre une façade, et ce même dans la joie.

« fais plaisir » : il vaut mieux être bien avec les autres et pour cela il faut se montrer gentil et dévoué. La personne agit pour satisfaire les autres quitte à faire des choses qui ne lui conviennent pas. Elle n’ose pas dire non, et se frustre beaucoup pour ne pas décevoir, ou avoir à refuser.

« dépêche-toi » : la personne pense qu’on ne fait bien les choses que vite, donc il vaut mieux se dépêcher que de prendre son temps. Elle court, s’agite, souhaite entraîner les autres dans son tourbillon, et peut même « traîner » inconsciemment pour s’obliger à courir ensuite. Son tonus alterne entre dynamisme et fatigue en permanence.          

– « essaye plus fort » : il est important de montrer qu’on essaye avec acharnement. La personne considère que les efforts montrés à faire quelque chose sont le plus important, car elle croit que celui qui « en bave » finit toujours par réussir. Elle peut essayer de se faire plaindre, ou même de compliquer les choses pour montrer les efforts fournis. C’est une personne assez nerveuse et agitée, qui est facilement « contre ».

Nos comportements dans la vie manifestent tous les mots d’ordre, mais leur distribution n’est pas égale : il y en a un ou deux qui dominent. Ils ont un aspect positif puisqu’ils nous indiquent comment réagir en situation de stress, mais également un aspect négatif car ils nous empêchent de répondre aux circonstances et aux autres de manière détendue en osant être soi-même. Ils représentent donc un frein à notre épanouissement personnel.

Les drivers dans la relation avec notre enfant :

Prendre conscience de son driver permet d’être moins dans la réaction face à certains comportements de nos enfants et de moins leur transmettre notre mot d’ordre.

 Si nous sommes « dépêche-toi », nous risquons de répéter ces mots très souvent à notre enfant. En lui demandant de faire vite, nous risquons de ne pas vraiment tenir compte de ses besoins à certains moments (notamment pour l’acquisition d’autonomie).

– Si nous sommes « sois parfait », nous risquons de faire passer les convenances avant les besoins de notre enfant, ou de nous emporter parce que « cela ne se fait pas », ou encore d’opter pour un comportement moins empathique si nous sommes soumis au regard des autres à ce moment-là. Nous risquons d’apprendre à notre enfant qu’il doit être parfait pour nous plaire, pour être aimer, et l’empêcher d’être vraiment lui-même, en ne l’acceptant pas toujours tel qu’il est. Une personne « sois parfaite » pourrait dire « tu as dépassé sur ton coloriage », « tu dois être le premier de la classe » ou « c’est bien, mais… » et en demander toujours plus à son enfant, en étant trop exigeante et jamais satisfaite.

– Si nous avons le driver « fais des efforts », nous apprendrons à notre enfant certes la persévérance mais nous ne serons pas toujours vraiment à l’écoute de ses ressentis et de ses émotions, et donc de ses besoins. Nous risquons de le pousser par exemple à continuer une activité pour laquelle il n’a vraiment aucune affinité ou bien une relation qui n’est pas bienveillante pour lui, juste parce qu’il faut faire des efforts.

– De même pour le « sois fort », qui peut nous également nous empêcher d’accueillir avec empathie les émotions ou les besoins. Nous risquons de minimiser une tristesse ou des larmes sans écouter, « allez sois fort, les garçons ne pleurent pas » par exemple. De plus, les personnes qui ont ce driver dominant ne sont pas souvent à l’écoute et dans l’accueil de leurs propres émotions, jugées illégitimes car il faut être fort, et risquent aussi de transmettre cela à leurs enfants.

– Enfin, si nous sommes un parent « fais plaisir », nous pouvons avoir du mal à poser un cadre, par nécessité de vouloir plus que tout faire plaisir à notre enfant, et avoir du mal à lui dire non. Il apprendra aussi que nous ne savons pas dire non aux autres et tenir compte de notre propre besoin en priorité, qu’il faut faire plaisir avant tout même, même au détriment de soi.

En conclusion, prendre conscience de notre driver dominant va nous aider à mieux nous connaître et à le contrebalancer pour diminuer sa contrainte dans notre quotidien. Cela fera également diminuer sa transmission à nos enfants !


[1] L’analyse transactionnelle est une méthode qui permet d’analyser nos comportements, nos réactions par l’analyse de nos transactions (échanges de communication), et ce grâce à différents outils, dont le plus connus sont les Etats du Moi.